Systèmes de paiements en boucle ouverte pour le transport en commun : l’histoire de trois villes - Interac Reports
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Systèmes de paiements en boucle ouverte pour le transport en commun : l’histoire de trois villes

Il y a dix ans, de payer pour son trajet en transport en commun en tapant une carte de débit ou un téléphone intelligent semblait optimiste et appartenant au futurisme. Après tout, les paiements sans contact étaient alors une toute nouvelle technologie, et les paiements mobiles n’étaient encore qu’une vision.

Puis, en 2012, Londres a commencé à laisser les passagers payer avec leurs cartes existantes en plus d’un laissez-passer dédié. L’avenir est soudainement devenu le présent. Aujourd’hui, les paiements numériques se répandent rapidement à travers les villes du monde entier, les passagers choisissant d’utiliser des technologies plus récentes plutôt que des méthodes traditionnelles : jetons, billets et laissez-passer non renouvelables. De plus, la pandémie de la COVID-19 a positionné les paiements sans contact à titre d’option plus sécuritaire, ce qui a conduit à une augmentation considérable du nombre de personnes choisissant d’effectuer leurs transactions de façon numérique. Quelle différence fait une décennie!

À mesure que les systèmes de transport en commun modernisent leurs systèmes de paiement, ils évoluent aussi. Certains systèmes utilisant des billets et des jetons ont évolué pour offrir aux passagers des cartes tarifaires qu’ils peuvent recharger et réutiliser. Les systèmes de paiement ouverts représentent souvent la prochaine étape, permettant aux passagers de payer avec les cartes de paiement déjà présentes dans leurs portefeuilles physiques et numériques.

Grâce aux paiements ouverts, les navetteurs vivent une expérience plus harmonieuse, ont des portefeuilles plus légers avec moins de cartes et n’ont plus besoin de vérifier le solde de leur laissez-passer de transport en commun avant l’embarquement. Il va sans dire que de choisir d’utiliser un système de paiement ouvert signifie aussi que vous pouvez dire adieu à la recherche de pièces ou de billets dans vos poches.

Pour les autorités de transport, la mise à niveau vers un système de paiement ouvert implique un engagement à long terme, mais elle présente un certain nombre d’avantages. Alors que de plus en plus de clients passent aux paiements numériques et sans contact, par exemple, il en résulte des files d’attente plus courtes aux kiosques qui distribuent les billets et les laissez-passer. Autre avantage : les autorités de transport peuvent détourner leur attention des tâches improductives, telles que le tri des pièces de monnaie. Et les paiements ouverts permettent également aux passagers occasionnels et aux touristes d’utiliser les réseaux de transport en commun plus facilement.

Au cours de la période de rétablissement post-pandémique, les paiements sans contact pourraient offrir des avantages aux passagers et aux autorités de transport en commun. Ils peuvent faciliter la distance physique entre les clients et le personnel, et réduire la quantité d’objets qu’un collecteur de tarifs doit manipuler. De plus, les navetteurs qui peuvent utiliser leurs propres cartes dans un système en boucle ouverte n’ont jamais à faire la queue pour acheter ou recharger leur mode de paiement.

Relativement peu de municipalités canadiennes ont opté pour des systèmes de paiement ouverts pour le moment. Mais, sur une note positive, cela donne aux dirigeants civiques et aux experts en transport en commun l’occasion d’étudier et d’apprendre des premiers utilisateurs de ces systèmes.

Voici donc l’histoire de trois villes qui ont mis en place des systèmes de paiement ouverts – Londres, Chicago et Portland.

Londres

On attribue souvent à la capitale du Royaume-Uni d’être la première ville au monde à avoir lancé un système de paiement ouvert, une expérience largement considérée comme un succès.

Transport for London (TfL) a commencé à laisser les passagers payer avec leurs propres cartes sans contact sur les autobus en 2012, et a déployé le service à l’étendue de  son réseau de transport deux ans plus tard. Les paiements ouverts n’ont cessé de gagner en popularité depuis : les Londoniens (et les visiteurs) paient pour 22 millions de voyages par semaine, soit au moins la moitié de tous les trajets, avec leurs propres cartes depuis 2019.

Aujourd’hui, certains Londoniens vont même au-delà des cartes : un voyage TfL sur huit est payé à l’aide d’une application de portefeuille mobile.

Ce que l’on a appris :

Les usagers qui ont déjà l’habitude du sans contact peuvent s’adapter facilement. Les institutions financières et les consommateurs britanniques ont été très rapides à adopter les paiements sans contact – tout comme ils l’ont été au Canada. L’adoption des paiements ouverts pour les trajets en métro et en autobus a été facilitée par le fait que de nombreux usagers étaient déjà habitués à payer sans contact au moment où TfL a lancé les paiements ouverts en 2012.

Les usagers bénéficient d’une structure tarifaire plafonnée. Un avantage clé du système de TfL pour les navetteurs est la promesse que son système calculera automatiquement le tarif le plus bas pour un trajet lorsqu’ils utilisent une méthode de paiement sans contact. Par exemple, pour les passagers qui utilisent une carte sans contact, les tarifs sont plafonnés à un maximum journalier correspondant au prix d’un laissez-passer journalier. Cela signifie qu’il n’y a jamais de désavantage de coût par rapport aux options tarifaires traditionnelles.

Les paiements ouverts signifient la simplification d’autres aspects d’un système de transport en commun. La forte adoption des paiements ouverts a permis à TfL d’arrêter d’accepter de l’argent comptant dans les autobus, de réduire le nombre de guichets et de disperser les foules dans les gares très fréquentées (car les gens n’ont pas besoin de « traîner » pour acheter des billets).

Chicago

En 2013, trois agences de la région de Chicago – la Chicago Transit Authority (CTA), Metra et Pace – ont lancé Ventra, un système de paiement ouvert conjoint qui a également introduit une carte de crédit rechargeable, remplaçant les cartes à bande magnétique existant depuis les années 1990.

À l’époque, le directeur général du développement des affaires de la CTA a souligné une motivation clé pour passer aux paiements ouverts : la CTA économiserait 5 millions de dollars par an, car elle n’aurait plus à « émettre des capitaux privés  » avec tous les coûts de création et d’administration y étant associés.

Certains défis sont apparus au fur et à mesure du déploiement du système : par exemple, les usagers ont considéré le délai initial de 2,5 secondes de Ventra pour confirmer un balayage comme étant trop long, et signalé aussi d’autres problèmes dans le système.

Dans les années qui ont suivi, des améliorations constantes (y compris une vitesse de traitement plus rapide) ont apaisé les inquiétudes. En 2017, le CTA rapportait un taux d’approbation de 85 % pour l’application Ventra dans une enquête de satisfaction et de 90 % pour la « facilité de paiement du tarif ».

Ce que l’on a appris

Évitez les surprises. Les agences de transport en commun et les fournisseurs de services de paiement devraient profiter de l’occasion pour informer les clients et le personnel de première ligne des nouvelles solutions tarifaires avant le déploiement, car elles peuvent être difficiles à comprendre pour certaines personnes.

Un système de paiement ouvert doit être rapide, sinon il risque d’engendrer de la frustration. Des mises à jour peuvent être nécessaires pour garantir que les transactions soient suffisamment rapides.

Portland

Le Tri-County Metropolitan Transportation of Oregon (TriMet) dessert une région qui chevauche principalement la région statistique métropolitaine de Portland, en Oregon (population de 2,5 millions d’habitants). Il a lancé le Hop Fastpass en 2017.

Hop Fastpass n’est pas seulement un système de paiement ouvert, c’est un système ouvert de paiements ouverts, dans ce sens où il a été développé autour d’un modèle d’infrastructure ouverte. TriMet voulait éviter d’être lié à un seul fournisseur pour fournir l’ensemble de son système. Comme l’a expliqué l’administrateur des tarifs dans une étude de cas pour l’American Public Transportation Association : « Vous pouvez vivre une expérience culinaire fluide sans que toutes vos casseroles et poêles proviennent de la même entreprise. »

En mai 2019, huit pour cent des utilisateurs de Hop payaient avec un portefeuille mobile, sept pour cent avec des cartes de débit et de crédit sans contact, et le reste des trajets étaient toujours payés avec la carte Purple Hop. Ces taux d’adoption du débit et du crédit sans contact peuvent sembler modestes aux lecteurs canadiens, mais ils sont un succès compte tenu du faible pourcentage de cartes activées aux États-Unis. (Les paiements sans contact peuvent représenter moins de 1 % des transactions par carte aux États-Unis, selon des rapports récents, contre plus de la moitié de toutes les transactions par carte au Canada.)

Ce que l’on a appris

Les tarifs fixes peuvent simplifier le déploiement d’un système de paiement ouvert. Les planificateurs ont préparé le terrain pour Hop Fastpass en remplaçant un système de tarification par zones par des frais fixes de 2,50 $ US.

TriMet considère la mise à niveau vers des paiements ouverts comme un projet important à l’épreuve du futur. Par exemple, une infrastructure de paiement ouvert sert de pierre angulaire au développement d’un portefeuille de mobilité multimodale, et TriMet prévoit intégrer l’option de payer directement via son planificateur de voyage.

Prochain arrêt : le Canada?

Il existe un potentiel inexploité pour les systèmes de paiement ouverts parmi les sociétés de transport en commun au Canada – et un facteur majeur qui pourrait contribuer à assurer une adoption réussie : 94 % de la population est joignable via une seule option de paiement, Débit Interac.

Lorsque Débit Interac sera intégré à un système de paiement ouvert, ce service sera accessible à plus de 29 millions de Canadiens. 82 % des Canadiens paient déjà par débit pour leurs achats quotidiens et, grâce à la prévalence de Flash Interac, plus de la moitié de ces transactions se font sans contact. En d’autres termes, de nombreux Canadiens préfèrent déjà payer sans contact avec une carte de débit. L’utiliser pour monter à bord d’un autobus, d’un train ou d’un métro serait la prochaine étape naturelle.

Et parce qu’ils facilitent la distanciation sociale, les systèmes de paiement sans contact pourraient faire partie de la solution pour aider les systèmes de transport en commun et les passagers à se sentir à nouveau à l’aise et en sécurité.

Au-delà de cela, les usagers de transport en commun canadiens sont comme les navetteurs de partout ailleurs : ils apprécient la simplicité et la commodité – et ils sont impatients de découvrir comment la technologie peut leur offrir un trajet plus harmonieux du point A au point B.

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